Et sans eux, que serions-nous devenus ? Les liens du béton, comme on les nommait

On a vite sympathisés avec les voisins, on avait les mêmes problèmes, on s’est beaucoup entraidés. Le constructeur faisait le gros œuvre, certains n’avaient que les murs.
On construisait tout nous-mêmes : les tranchées pour amener l’eau et l’électricité, les terrasses, les murets. On allait voir les ouvriers sur les chantiers voisins pour qu’ils nous livrent leur fin de toupie et récupérer le béton. Les femmes, surtout, pendant la semaine.

Les toupies arrivaient à n’importe quelle heure. Quand on les entendait arriver, nous étions très organisées : une femme allait chercher les enfants, donnait à goûter, une autre au distributeur allait chercher des espèces pour payer les ouvriers, les autres tiraient le béton.

Ce ronronnement de la cuve qui tournait quand les trois mètres cubes arrivaient, on se sentait des pionniers. Les liens du béton, comme on les nommait.
Une fois, on avait tiré le béton à l’intérieur du garage, lissé avec une planche, un chat avait sauté sur le béton frais… le chat du béton, comme on l’a nommé.
Même chose quand on se faisait livrer des camions de parpaings. Tout le monde sortait, tout le monde était là.

Trente et une maisons à construire. Elles ont été construites sur plusieurs années. On se donnait des tuyaux. Comme mettre un joint aux raccordements, ce qui, sinon, entraînait la terre dans les égouts lors des orages.

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